Niché entre la Costa Brava et les contreforts des Pyrénées, la région de Gérone est depuis longtemps un paradis secret pour les cyclistes en quête de routes exigeantes et de paysages à couper le souffle. Si vous en avez assez des parcours plats et monotones, ces collines ondulantes offrent le terrain de jeu idéal pour tester votre puissance et votre endurance. Dans ce guide, nous avons sélectionné sept itinéraires vallonnés incontournables, chacun avec son propre caractère, ses dénivelés stimulants et ses panoramas uniques. Préparez-vous à découvrir des ascensions légendaires, des routes secondaires paisibles et des vues spectaculaires qui feront de chaque sortie une aventure mémorable.

Préparer son séjour cycliste à Gérone

Comprendre le terrain et le climat

Gérone se situe à environ 100 kilomètres au nord de Barcelone, au cœur d’une région de collines ondulantes et de contreforts pyrénéens. Ce terrain est idéal pour le vélo de route, et ce n’est pas un hasard si de nombreuses équipes professionnelles y installent leur camp d’entraînement hivernal. Le relief est vallonné, avec des montées courtes mais répétées, souvent suivies de descentes techniques et rapides. Les routes secondaires, appelées carreteres locals, sont généralement bien asphaltées et peu fréquentées, surtout hors saison estivale, quand le trafic touristique augmente sensiblement. Côté climat, le régime méditerranéen offre des hivers doux, souvent 10 à 15 °C en journée, et des étés chauds, avec des pointes au-delà de 30 °C en juillet et août. Les matinées de printemps et d’automne peuvent être fraîches, parfois autour de 5 à 8 °C, avant un réchauffement rapide. Prévoyez donc une veste coupe-vent légère et des manchons, même si vous partez à midi. Les pluies sont rares l’été mais possibles en avril et en octobre ; vérifiez les prévisions avant chaque sortie, car les orages arrivent vite en montagne.

Équipement et condition physique

Ces itinéraires vallonnés ne sont pas une promenade de santé. Avec des dénivelés cumulés souvent supérieurs à 1 500 mètres sur 80 à 120 kilomètres, et des pentes soutenues qui peuvent atteindre 8 à 12 % sur certains segments, ils exigent un bon niveau de forme. Si vous n’êtes pas un cycliste régulier, prévoyez plusieurs semaines d’entraînement spécifique avant votre départ. Côté matériel, un vélo de route avec des braquets adaptés est indispensable : optez pour un plateau compact (50/34) ou semi-compact (52/36) avec une cassette large (11-32 ou 11-34). Des pneus de 25 à 28 mm vous offriront un bon compromis entre rendement et confort sur les revêtements parfois granuleux. Emportez toujours deux grands bidons, au moins 750 ml chacun, car les points d’eau sont rares sur les sommets – les fontaines publiques se concentrent dans les villages en bas des vallées. Un compteur avec altimètre est fortement recommandé : il vous permet de gérer votre effort sur les longues ascensions, d’anticiper les pentes à venir et de ne pas vous brûler trop tôt. Enfin, prévoyez un kit de réparation complet, car les crevaisons sont fréquentes sur les routes de campagne, et une petite pompe ou une cartouche de CO₂. Pour la location de vélos de qualité, comptez entre 35 € et 70 € par jour selon le modèle et la durée, avec des tarifs dégressifs à la semaine.

L’ascension iconique d’Els Angels

Le parcours depuis le centre-ville

Pas besoin de quitter Gérone pour trouver une ascension qui justifie à elle seule le voyage. Le départ se fait depuis la vieille ville, un luxe rare pour un col aussi réputé. On traverse l’Onyar sur le pont de Pedra, puis on laisse derrière soi l’agitation des ruelles médiévales pour s’engager sur la route qui monte vers le Santuario de los Ángeles. Dès les premières rampes, le décor bascule : les façades ocre cèdent la place à une végétation méditerranéenne dense, et le bitume se fait plus exigeant. L’ascension couvre environ 8 kilomètres, avec une pente moyenne de 5 à 6 %, un effort soutenu mais jamais écrasant. Les passages les plus raides se concentrent dans les deux derniers kilomètres, où la route serpente entre pins et rochers calcaires. La récompense ne se fait pas attendre : à mesure que l’altitude grimpe, des panoramas spectaculaires s’ouvrent sur Gérone, ses cathédrales, et la vaste plaine de l’Empordà qui s’étire jusqu’à la mer. Par temps clair, on aperçoit même les contreforts des Pyrénées. C’est la sortie idéale pour un premier jour d’acclimatation : une montée progressive, sans excès, qui donne immédiatement le ton de ce que la région offre aux cyclistes exigeants.

Conseils pour la descente et le retour

La descente est rapide, mais elle demande une vigilance constante. Les huit kilomètres gravis avec peine se déroulent en quelques minutes, ponctués de virages serrés en épingle à cheveux dans la partie supérieure, là où la route est la plus étroite. Les cyclistes expérimentés y trouveront leur compte, mais il faut freiner avant chaque courbe : le revêtement peut être glissant, surtout en début de matinée quand l’humidité n’a pas encore séché. Pour rentrer à Gérone, deux options s’offrent à vous. La première, la plus simple, consiste à redescendre par le même itinéraire, ce qui permet de revoir la montée avec un œil neuf sur les détails du paysage. La seconde, plus intéressante, emprunte une boucle légèrement plus longue qui passe par Taialà et Montilivi. Ce tracé ajoute environ six kilomètres, mais il évite de refaire le même chemin et offre une autre perspective sur la ville, avec des routes secondaires généralement calmes. Une précaution s’impose toutefois : après les pluies, des graviers et de petits éboulis s’accumulent en bord de route, surtout dans les virages bas. Mieux vaut rester vigilant, garder une trajectoire large dans les courbes et ralentir si le bitume semble parsemé de débris. Avec ces précautions en tête, cette boucle constitue une sortie matinale parfaite, à la fois physique et visuelle, avant de rentrer savourer un café dans les ruelles de Gérone.

Le défi extrême de Rocacorba

Caractéristiques de la montée

Vous cherchez un mur ? Rocacorba est votre rendez-vous. Depuis Canet d’Adri, l’ascension s’étend sur 12,5 km avec une moyenne redoutable de 8,5 %, mais ce chiffre masque une réalité bien plus brutale. Sur environ trois kilomètres en plein milieu, les rampes dépassent régulièrement les 15 %, avec des passages à 18 % qui vous clouent en selle, guidon tiré, souffle court. Le revêtement est correct mais étroit, souvent jonché de feuilles mortes ou de racines en bordure. La circulation ? Quasi inexistante – un luxe rare pour un col si difficile. On y croise plus de sangliers que de voitures. C’est un test de force pur, souvent comparé aux grands cols alpins, mais sans le décorum touristique : pas de cafés au sommet, pas de panneaux « altitude » tape-à-l’œil. Juste vous, votre braquet, et une pente qui ne pardonne rien. Les cyclistes aguerris viennent s’y jauger, pas chercher la carte postale.

Stratégie d’effort et points de repère

Pour ne pas exploser, coupez la montée en trois sections mentales. Les 4 premiers kilomètres sont roulants, entre 4 et 6 % : un échauffement, mais ne vous laissez pas griser. Le mur central de 3 km attaque brutalement, souvent sans transition, et c’est là que tout se joue. Gardez une cadence élevée (70-80 tr/min), restez assis le plus possible, et ne vous levez que sur les passages les plus raides pour préserver vos cuisses. Les 5 derniers kilomètres sont plus irréguliers : des replats trompeurs, des relances à 10 %, puis un faux plat interminable. Prévoyez un bidon supplémentaire et un encas – barre ou gel – car aucun ravitaillement n’existe en route, et la moindre erreur de gestion se paie cash. Au sommet, la vue spectaculaire s’étend jusqu’au Canigou par temps clair. Mais ne vous attardez pas : la descente est technique, étroite, avec des épingles sur pente déversée. Glissez une veste coupe-vent dans la poche, car la température chute vite en altitude, et les freins chauffent énormément au retour. En résumé : attaquez Rocacorba avec respect, un braquet de 34×28 minimum, et une réserve mentale pour ce mur qui vous hantera longtemps. Pour une sortie encadrée avec un guide local, comptez de 80 € à 150 € par personne pour une demi-journée, selon le niveau d’accompagnement et le support véhiculé.

La boucle médiévale de Besalú

L’aller : collines et descente vers la Fluvià

Depuis Gérone, laissez la plaine derrière vous et engagez-vous sur les routes secondaires qui serpentent vers le nord-est. L’itinéraire jusqu’à Besalú couvre environ 35 kilomètres, mais ne vous fiez pas à la distance : le profil est tout sauf plat. Dès la sortie de l’agglomération, vous enchaînez une série de montées courtes mais nerveuses à travers des collines couvertes de chênes-lièges, dont l’écorce ocre et fissurée rappelle que vous roulez en pleine région méditerranéenne. Ces bosses, souvent à 4-6 %, exigent de la vigueur mais offrent en récompense des vues dégagées sur les massifs des Gavarres et du Montseny par temps clair. Puis vient la récompense : une longue descente sinueuse, rapide et technique, qui débouche sur la vallée de la Fluvià. La route y est étroite par endroits, avec un revêtement correct mais parfois craquelé, alors gardez les mains sur les cocottes et l’œil sur les gravillons. Au fond de la vallée, le village médiéval de Besalú apparaît, dominé par son pont fortifié du XIIe siècle à arches inégales. C’est le point de pause évident : installez-vous à une terrasse près de la plaça Major, reprenez des forces avec un plat de cargols a la llauna (escargots grillés) ou une simple omelette, et remplissez les bidons à la fontaine publique. Le café y est honnête, et l’ambiance, un dimanche matin, vaut largement le détour.

Le retour : la longue montée progressive

Le retour vers Gérone n’a rien d’une formalité. Il emprunte un autre axe, plus large et plus roulant, mais qui impose une montée continue et insidieuse. Sur une dizaine de kilomètres, la pente oscille entre 3 et 5 %, sans jamais devenir brutale, mais sans jamais vous laisser respirer. C’est ici que l’on travaille l’endurance pure : maintenez un braquet raisonnable, gardez une cadence de pédalage autour de 80-85 tours par minute, et ne vous laissez pas tenter par les accélérations. La route, bien visible et avec un accotement dégagé, permet de rouler en sécurité, mais méfiez-vous du vent de nord — la tramontane — qui se lève souvent en fin de journée. Quand il souffle en plein visage, cette montée douce se transforme en épreuve de force, et il n’est pas rare de voir des cyclistes expérimentés réduits à 15 km/h. Si vous sentez que le vent forcit, rentrez dans le groupe, ou abaissez votre rythme et acceptez la lenteur. La récompense est là : une fois le col invisible franchi, la descente finale vers Gérone est rapide et gratifiante, et vous ramène au centre-ville avec environ 70 kilomètres au compteur et un dénivelé positif proche de 800 mètres. Une boucle parfaite pour une sortie de 3 à 4 heures, exigeante sans être punitive.

L’endurance classique de Sant Hilari Sacalm via le Coll de Revell

Le profil de la montée

Depuis la plaine de Gérone, cette ascension emblématique s’élève avec un équilibre rare entre longueur et régularité. Le Coll de Revell culmine à environ 700 mètres, mais c’est la distance qui fait sa signature : près de 20 kilomètres de montée continue depuis les contreforts viticoles. Les pourcentages, sages et constants, oscillent entre 4 et 6 %, avec quelques courts passages à 7 % dans les lacets les plus serrés. Ce profil quasi linéaire en fait un terrain idéal pour travailler le rythme cardiaque en zone endurance, sans cassure brutale qui forcerait à changer de braquet en catastrophe. La route, bien asphaltée, serpente d’abord entre vignes et mas isolés, puis s’enfonce dans une forêt dense de hêtres et de châtaigniers. En été, cette canopée procure une ombre salvatrice, et l’humidité du sous-bois rafraîchit l’air même lors des fortes chaleurs. Les points de vue sur la plaine de Gérone et, par temps clair, jusqu’aux Pyrénées orientales, récompensent régulièrement l’effort. Le trafic est modéré, principalement local, et les automobilistes, habitués aux cyclistes, doublent avec prudence. On peut enchaîner cette montée deux ou trois fois dans la saison sans lassitude, tant le cadre change au fil des saisons – brumeux au printemps, doré à l’automne.

Options de prolongement

Arrivé à Sant Hilari Sacalm, petite ville thermale accrochée au plateau, plusieurs choix s’offrent à vous. La solution la plus simple est de faire demi-tour par le même itinéraire : une descente technique mais roulante, idéale pour récupérer tout en gardant un œil sur la route. Les plus ambitieux peuvent poursuivre vers Olot en empruntant la route qui traverse la vallée d’Hostoles. Cette option ajoute environ 15 kilomètres de collines supplémentaires, avec des montées plus courtes mais plus nerveuses, oscillant entre 6 et 9 %. Le paysage change radicalement : on quitte la forêt de feuillus pour des pâturages ouverts et des champs de maïs, avec en toile de fond les volcans endormis de la Garrotxa. Attention toutefois : cette boucle rallonge considérablement l’effort total, et le ravitaillement devient un enjeu stratégique. Avant de quitter Sant Hilari, faites le plein d’eau et de barres énergétiques à la boulangerie du centre-ville ou à la petite supérette près de la place. Sur la section vers Olot, les commerces se font rares – on ne croise qu’une fontaine publique à mi-parcours, dont l’eau est potable mais fraîche. Prévoyez également un gilet ou une veste coupe-vent : malgré l’altitude modeste, le plateau de Sant Hilari est exposé aux brises du nord, surtout en fin d’après-midi. Pour ceux qui préfèrent une sortie plus courte, le demi-tour classique reste une valeur sûre, avec un dénivelé total d’environ 1 400 mètres pour 80 kilomètres aller-retour.

Les routes volcaniques de La Garrotxa

Le circuit autour d’Olot

Au nord-ouest de Gérone, La Garrotxa offre aux cyclistes un terrain de jeu unique, façonné par une activité géologique explosive. Le circuit autour d’Olot, véritable cœur de cette région volcanique, déroule un réseau de petites routes vallonnées entre cratères endormis et coulées de basalte. Pas de cols interminables ici : les montées sont courtes, punchy, souvent entre 6 et 10 % sur 1 à 3 kilomètres. Ces efforts intenses, parfaits pour développer puissance et vélocité, s’enchaînent au gré des reliefs. Le paysage alterne entre cratères boisés — dont le célèbre Croscat —, champs de lave aux ondulations encore visibles, et villages de pierre volcanique sombre comme Santa Pau ou Castellfollit de la Roca, juché sur sa falaise de basalte. La circulation y est très faible, et l’on peut se concentrer pleinement sur la route. Mais méfiez-vous : sous le couvert forestier, les chaussées restent souvent humides et glissantes, même en été. Un revêtement parfois moussu impose des descentes prudentes, surtout après la pluie.

Combiner plusieurs ascensions dans une même sortie

Pour ceux qui veulent maximiser l’entraînement sans affronter une montée interminable, La Garrotxa se prête idéalement à l’enchaînement des difficultés. Un circuit classique et efficace relie Olot à Santa Pau, où l’on peut s’arrêter sur la place fortifiée pour reprendre des forces. La route remonte ensuite progressivement vers Les Planes d’Hostoles, avec une succession de rampes soutenues qui sollicitent les jambes sans jamais les laisser récupérer. Le retour par la vallée, en direction d’Olot, boucle le parcours. Cette boucle de 60 à 80 kilomètres cumule plus de 1 200 mètres de dénivelé positif, répartis en de multiples bosses de 1 à 3 kilomètres. Un exercice idéal pour travailler le seuil de puissance et la relance sur pentes courtes, à l’image des classiques ardennaises. Attention toutefois aux descentes rapides : le revêtement, parfois irrégulier et grignoté par les racines, exige une vigilance constante. Prévoyez des freins en bon état et un guidon bien en main pour profiter pleinement de ce terrain volcanique d’exception.

Le défi méconnu du Coll de Medes

Montée depuis Les Planes d’Hostoles

Loin des cols catalans les plus courus, le Coll de Medes reste un secret jalousement gardé par les cyclistes locaux. Son ascension depuis Les Planes d’Hostoles est un régal pour qui cherche l’effort authentique sans la foule. Sur environ 10 kilomètres, la route s’élève avec une pente moyenne de 6 à 7 %. Mais ne vous y trompez pas : les derniers lacets mordent sérieusement, avec des passages soutenus à 10 % qui testent les jambes et le mental. La chaussée, étroite et parfois abîmée, serpente entre des murs de pierre sèche et des forêts de chênes-lièges. L’atmosphère est sauvage, isolée. On n’y croise presque personne, seulement quelques fermes abandonnées et le chant des oiseaux. Le sommet, lui, est discret : un petit ermitage en pierre, blotti contre le vent, sert de repère visuel. C’est le genre de lieu où l’on pose le vélo, où l’on écoute le silence, et où l’on réalise que l’effort en valait la peine. Contrairement aux grands cols asphaltés et balisés, ici, chaque virage révèle un panorama brut sur les Gavarres et la plaine de l’Empordà, sans pylône ni panneau touristique pour gâcher la vue.

Intégration dans une journée plus large

Le Coll de Medes n’est pas une fin en soi, mais une pièce maîtresse d’une journée de bravoure. Les cyclistes aguerris le combinent souvent avec la montée de Rocacorba, autre géant local au profil irrégulier, ou avec la longue ascension de Sant Hilari Sacalm, plus roulante mais tout aussi exigeante. Assembler ces trois reliefs permet de boucler une boucle de plus de 100 kilomètres pour un dénivelé positif cumulé qui frôle les 2 000 mètres. C’est une journée complète, exigeante, qui demande une gestion intelligente de l’effort. Un conseil : vérifiez la météo avant de vous lancer. Les crêtes autour de Medes sont particulièrement exposées au vent, et une tramontane violente peut transformer une descente technique en épreuve dangereuse. Prévoyez toujours un plan B, comme un retour par la vallée en direction d’Amer ou de Santa Coloma de Farners, si les rafales deviennent ingérables. Côté ravitaillement, soyez autonome : le seul endroit fiable pour remplir les bidons et acheter une barre de céréales se trouve à Les Planes d’Hostoles, soit avant d’attaquer la montée, soit juste après l’avoir redescendue. Une fois engagé sur les pentes, il n’y a plus aucun village, aucune fontaine, aucun bar. Emportez de l’eau en quantité, surtout lors des journées chaudes du printemps ou de l’automne, et ne sous-estimez pas l’isolement : ici, le moindre pépin mécanique se règle seul, avec ses propres outils, ou pas du tout. C’est précisément cette rudesse qui fait le charme de ce col, et qui récompense ceux qui osent s’y aventurer.

Logistique, sécurité et bonnes pratiques

Ravitaillement et gestion de l’eau

Sur les itinéraires vallonnés autour de Gérone, l’effort est constant et la déshydratation guette rapidement, surtout entre avril et octobre. Pour toute sortie dépassant trois heures, emportez au moins deux bidons de 750 ml chacun. Certaines boucles, comme celles qui s’enfoncent vers les contreforts du Montseny ou les collines de l’Empordà, comptent de longues portions sans aucun point d’eau. Ne comptez jamais sur les stations-service : elles sont souvent situées sur les axes principaux, à l’écart des routes secondaires que vous emprunterez, et leurs horaires peuvent être irréguliers le dimanche.

La meilleure stratégie consiste à repérer à l’avance les fontaines publiques dans les villages. Elles se trouvent presque toujours sur la place centrale ou à proximité immédiate de l’église. Des villages comme Madremanya, Púbol ou Sant Martí Vell disposent de points d’eau potable bien entretenus, souvent indiqués par de petits panneaux bleus. Pour un arrêt plus confortable, les bars et boulangeries locales constituent l’option idéale : un café cortado, une bouteille d’eau fraîche ou une orange pressée pour une dépense de 2€ à 5€ par arrêt. Les boulangeries ouvrent tôt, ferment souvent entre 13h et 17h, mais rouvrent en fin d’après-midi — planifiez vos passages en conséquence si vous roulez tard.

Circulation et comportement sur route

Les routes secondaires catalanes sont généralement sûres et bien asphaltées, mais elles imposent une vigilance particulière. Le matin, entre 7h et 10h, les camions agricoles circulent entre les vignobles et les exploitations ; ils sont lents mais larges, et peuvent vous surprendre dans les virages serrés. En été, les véhicules touristiques se multiplient sur les routes panoramiques, notamment autour de Peratallada ou de la Bisbal d’Empordà. Restez toujours visible : portez un éclairage arrière clignotant, même en pleine journée, et un maillot aux couleurs vives.

Sur les routes étroites, roulez en file indienne, jamais à deux de front. Signalez vos changements de direction avec un bras bien tendu, bien avant l’intersection, et vérifiez derrière vous avant chaque manœuvre. Les descentes techniques des collines de Girona, comme celles de la montée de Sant Grau ou du col de la Ganga, exigent une maîtrise du freinage sur les deux leviers pour éviter le blocage de la roue avant.

En cas de panne mécanique ou de fatigue extrême, rassurez-vous : les villages ne sont presque jamais à plus de 5 km sur ces itinéraires. En revanche, le réseau téléphonique peut être capricieux dans les vallées encaissées. Téléchargez votre carte hors ligne avant le départ et informez un proche de votre tracé prévisionnel. Un petit kit de réparation (deux chambres à air, démonte-pneus, multi-outils) reste indispensable, car les épines de garrigue sont fréquentes sur les bas-côtés.

Planifier un séjour de plusieurs jours

Pour vraiment profiter du relief géronais sans vous épuiser, répartir intelligemment vos efforts sur cinq jours transforme une simple suite de sorties en une progression mémorable. L’idée : monter en intensité tout en laissant vos jambes s’adapter aux pourcentages parfois traîtres des collines catalanes. Voici un exemple concret, testé par les cyclotouristes locaux, qui équilibre distance, dénivelé et récupération.

Exemple de répartition des efforts sur 5 jours

Jour 1 : Els Angels (acclimatation, 60 km, 800 m D+)
Une mise en bouche idéale. Depuis Gérone, on rejoint le sanctuaire d’Els Angels par une montée régulière de 7 km, jamais écrasante. Le panorama sur la ville et la plaine du Baix Empordà récompense l’effort. Roulez tranquille, en développé, pour tester vos réglages et habituer votre corps à la chaleur méditerranéenne. Prévoyez un café au sommet avant de redescendre par les petites routes de Santa Pellaia.

Jour 2 : Rocacorba (défi, 80 km, 1 500 m D+)
Le jour charnière. Rocacorba, c’est LA montée mythique de la région, avec des pentes à 18 % dans les derniers kilomètres. Les 1 500 mètres de dénivelé se répartissent sur plusieurs ascensions, dont une première longue bosse vers Canet d’Adri. Pas de chrono ici : l’objectif est de gérer l’effort pour atteindre le sommet sans cramper. La descente vers Sant Martí de Llémena, technique mais rapide, est parfaite pour travailler le freinage.

Jour 3 : Besalú (endurance, 90 km, 1 000 m D+)
Après l’effort intense de la veille, ce parcours plus roulant vers l’ouest permet une récupération active. On longe la rivière Fluvià, on traverse des villages médiévaux comme Banyoles et son lac, avant d’arriver à Besalú, son pont roman et ses ruelles pavées. Le profil est vallonné mais jamais violent, avec des montées courtes et roulantes. La journée idéale pour rouler en groupe, discuter, et recharger les batteries mentales.

Jour 4 : Sant Hilari (longue montée, 100 km, 1 800 m D+)
Le sommet de la semaine. Cette étape part vers le sud-est, en direction du massif des Guilleries. La montée vers Sant Hilari Sacalm est l’une des plus longues et régulières de la région : 15 km à 5 % de moyenne, sans répit mais sans excès. Les 1 800 mètres de dénivelé cumulé incluent plusieurs bosses intermédiaires autour d’Osor. Emportez beaucoup d’eau, car les sources se font rares en été. L’arrivée au village, perché à 800 mètres, offre une fraîcheur bienvenue.

Jour 5 : récupération libre ou rouleau
Ne négligez pas ce jour. Une sortie de 40 km très plate le long de la plaine du Ter, ou une simple séance de stretching, vous permettra de digérer les efforts et de savourer les souvenirs avant le retour.