Entre les oliviers et les villages de pierre ocre, la campagne de Gérone déroule des routes sinueuses, comme un secret bien gardé. Oubliez le bitume des sorties urbaines. Cette boucle à vélo de route offre des kilomètres de silence, des montées douces, des descentes enivrantes, au cœur d’un paysage figé hors du temps. Cycliste aguerri ou amateur de panoramas, vous trouverez ici l’itinéraire exact, les pièges à éviter, et les haltes gourmandes pour transformer votre sortie en échappée belle. Préparez vos jambes et vos yeux. La Catalogne rurale n’attend que vos roues.

Préparer son départ à Gérone

Avant de lacer vos chaussures et de gonfler vos pneus, prenez le temps de bien préparer votre échappée. Une sortie réussie dans la campagne de Gérone ne s’improvise pas totalement, surtout quand on vise le confort et le plaisir sur plus de cent kilomètres de routes vallonnées.

Choix du moment et météo

Le calendrier est votre premier allié. Les meilleures fenêtres pour cette boucle se situent entre avril et juin, puis de septembre à octobre. Pendant ces périodes, les températures oscillent agréablement entre 15 et 25 °C, les pluies restent limitées et les routes sont dégagées. En revanche, évitez juillet et août sur le littoral : la chaleur y est écrasante, souvent au-delà de 30 °C dès 11 heures, et l’affluence touristique transforme les petites routes côtières en file indienne de voitures et de camping-cars. Si vous ne pouvez vraiment pas partir autrement, décalez votre départ à l’aube et rentrez avant midi. Mais pour cette boucle intérieure, le printemps reste le moment idéal : les champs sont verdoyants, les coquelicots bordent les chemins et l’air sent bon le romarin et la garrigue.

Équipement et ravitaillement de base

Côté matériel, ne partez pas avec un vélo de course trop nerveux. Un vélo de route équipé de pneus d’au moins 25 mm de section est recommandé : les routes secondaires de la campagne géronaise présentent quelques sections de revêtement irrégulier, notamment autour de la vallée du Llémena. Prévoyez deux bidons remplis d’eau – ou d’une boisson isotonique – car les fontaines publiques sont rares une fois sorti de la ville. Emportez aussi deux ou trois barres énergétiques, une banane et une veste coupe-vent légère. Même en mai, les descentes ombragées près des rivières peuvent surprendre avec une fraîcheur soudaine.

Partez tôt, idéalement entre 8h et 9h. Non seulement vous profiterez de la lumière rasante sur les champs de blé et des températures encore fraîches, mais vous éviterez aussi le trafic côtier de l’après-midi, qui remonte parfois vers l’intérieur à partir de 16h. À Gérone même, sortez par la piste cyclable qui longe le Ter en direction de Salt, puis rejoignez les routes secondaires vers Sant Gregori. Vous trouverez un dernier point de ravitaillement à la boulangerie de ce village avant de basculer dans le vrai calme rural. Pensez à vérifier votre pression de pneus la veille, et à emporter une chambre à air de rechange : dans les hameaux isolés, le prochain magasin de vélo est souvent à plus de vingt kilomètres.

Comprendre le profil et les difficultés

Un parcours vallonné avec un vrai col

Ne vous fiez pas aux premières impressions. Dès que vous quittez le centre de Gérone, les routes s’élèvent presque immédiatement, mais sans brutalité. Les vingt premiers kilomètres enchaînent des montées roulantes, souvent en faux-plat montant, qui vous mettent en jambes sans vous casser. Cette mise en bouche peut tromper, car le véritable défi arrive plus loin, dans le massif des Gavarres. Là, l’ascension principale se mérite : les pourcentages oscillent régulièrement entre 10 et 12 % sur des segments de plusieurs centaines de mètres, parfois sur une chaussée étroite et légèrement dégradée. Ce n’est pas un col alpin interminable, mais une montée nerveuse qui exige de la régularité et une gestion fine de votre braquet. Au sommet, la récompense est immédiate : une descente vers la côte déroule ses virages sur un revêtement correct, mais demande de la vigilance. Certaines courbes sont fermées, avec des passages où la pente se redresse soudainement, et il n’est pas rare de croiser des gravillons ou des feuilles mortes en automne. Bref, cette descente est rapide, mais elle n’est pas une autoroute : gardez les mains sur le cintre et les yeux bien ouverts.

Gérer son effort sur 100-120 km

Le dénivelé total de cette boucle se situe généralement entre 1 200 et 1 500 mètres, selon la variante que vous choisissez (certaines options rallongent le parcours via des bosses supplémentaires autour de La Bisbal d’Empordà). Sur le papier, ce profil semble raisonnable, mais il se révèle plus exigeant que prévu, surtout si vous partez à un rythme soutenu sur les premières ondulations. Le piège classique consiste à vouloir « faire le ménage » dans les montées roulantes du début, puis à payer la facture dans la partie finale. Or, le retour vers Gérone est souvent moins spectaculaire, mais tout sauf plat : il enchaîne des côtes courtes et raides, parfois invisibles sur le plan du parcours, qui s’accumulent et grignotent vos réserves. Mon conseil : gardez une marge de 20 à 25 % de votre énergie pour les trente derniers kilomètres. Sur ce secteur, le paysage se referme, les routes deviennent plus étroites et le trafic peut se faire plus présent aux abords de la ville. Ce n’est pas le moment le plus glamour de la sortie, mais c’est celui qui décide si vous rentrerez avec le sourire ou les jambes en feu. Prévoyez également une pause ravitaillement vers le kilomètre 60, car les options de réapprovisionnement sont rares une fois que vous quittez les villages côtiers.

Suivre l’itinéraire classique par l’intérieur

De Gérone à Cassà de la Selva

Laissez derrière vous le pavé du centre historique et les derniers feux de l’avenue de la Lluïda. Cap au sud-est, par des routes secondaires qui s’écartent vite de la circulation pendulaire. Dès les premiers kilomètres, la plaine du Gironès s’ouvre : champs de maïs, vergers de pommiers et masos isolés aux volets bleus. La chaussée est propre, le revêtement correct, et les croisements avec la C-65 sont rares si l’on suit le tracé des petites départementales qui filent entre les hameaux de Taialà et de Vilablareix. À environ 20 kilomètres du départ, Cassà de la Selva apparaît dans un creux de collines. C’est l’endroit idéal pour un premier arrêt : la plaça de la Vila, avec ses arcades, abrite plusieurs cafés où l’on sert un tallat serré et des croissants encore tièdes. Les cyclistes locaux y font étape par habitude — vous ferez de même. Repartez en empruntant la rue de la Barca, qui se transforme en route étroite dès la sortie du village.

De Llagostera à l’entrée des Gavarres

Quelques kilomètres plus au sud, Llagostera mérite qu’on ralentisse : sa vieille ville et son ancienne filature de liège racontent une industrie disparue. Mais ne vous attardez pas trop — l’essentiel est devant vous. À la sortie du village, prenez la direction de Sant Llorenç de les Arenes par la route GI-682. Ici, le paysage change brutalement. Les champs laissent place aux premières pentes boisées du massif des Gavarres. La route se rétrécit, se met à onduler entre les chênes-lièges centenaires, dont les écorces pelées rougeâtres brillent sous le soleil. Le trafic devient quasi nul : vous croiserez peut-être un tracteur ou une voiture de forestier, rien de plus. Attention, les bas-côtés sont souvent inexistants et le revêtement peut être griffé par les racines. Restez vigilant dans les virages en épingle, où l’on entend le vent dans les feuilles plutôt que le bruit des moteurs. Les montées sont courtes mais raides — pensez à passer un braquet souple avant chaque raidillon. Au sommet, entre les trouées de la chênaie, on devine par temps clair la ligne bleue de la Méditerranée vers Sant Feliu de Guíxols. C’est le point de bascule de la boucle : vous redescendrez ensuite vers Girona par un autre versant, mais cela, c’est une autre histoire. Pour l’instant, laissez-vous porter par le silence et l’odeur du liège chaud.

Attaquer la montée des Gavarres

Le col et ses pourcentages secrets

Ne vous fiez pas aux apparences : cette route qui s’élève doucement depuis les vignobles de la plaine cache un vrai col de caractère. La montée principale s’étire sur 6 à 8 kilomètres, mais c’est un chrono qui se joue en dents de scie. Vous roulez d’abord sur un faux-plat roulant à 4-5 %, parfait pour s’échauffer. Puis la pente se redresse brutalement après le hameau de Sant Cebrià. Là, le bitume attaque des sections soutenues à 8-10 % pendant près de deux kilomètres. Juste avant le virage en épingle qui mène au mas de Can Vilà, attendez-vous à une rampe courte mais vicieuse à 12 %, celle qui fait sauter le braquet et brûler les cuisses. Le revêtement est globalement correct, mais dans les virages serrés, surtout ceux qui se referment sous les chênes-lièges, le goudron est parfois craquelé et parsemé de gravillons. Gardez un œil sur la ligne intérieure, souvent plus propre, et ne coupez pas les angles : une roue dans la poussière et c’est la glissade assurée.

La traversée de la zone naturelle protégée

Une fois passée la crête, vous entrez dans le cœur du massif des Gavarres, une zone naturelle protégée où le temps semble suspendu. La route se rétrécit et serpente sous une voûte de pins parasols et de chênes verts. Des affleurements granitiques percent la terre rouge, parfois si proches qu’on pourrait les toucher en tendant le bras. C’est magnifique, mais ce n’est pas une promenade de santé. Après une pluie, même légère, les branches basses s’inclinent sous le poids de l’eau et les feuilles mortes forment un tapis glissant sur l’asphalte humide. Roulez sur le filet d’eau qui s’écoule au bord de la route, là où l’adhérence est la meilleure. Méfiez-vous des zones d’ombre persistantes où le sol met des heures à sécher. Vous croiserez peut-être un sanglier traversant sans prévenir, ou un tracteur forestier sortant d’un chemin de terre. Ralentissez dans les descentes techniques, surtout celle qui plonge vers Romanyà de la Selva : les virages sont aveugles et le gravier s’accumule dans les bas-côtés. En contrebas, la vue s’ouvre sur les champs d’oliviers et, au loin, la mer scintille. C’est là, dans ce silence peuplé de cigales, que l’asphalte de la ville s’efface pour de bon.

Redescendre vers la Costa Brava

Arrivée sur Sant Feliu de Guíxols

Après les routes vallonnées et le calme des champs de blé et des oliveraies, la descente vers Sant Feliu de Guíxols est un vrai cadeau. Les lacets se déroulent sous vos roues, et à chaque virage, l’horizon bleu de la Méditerranée s’élargit. Vous apercevez d’abord le port de plaisance et ses mâts serrés, puis les premières criques rocheuses qui découpent la côte. La route est rapide, bien asphaltée, et vous laisse prendre de la vitesse sans effort. Mais ne vous endormez pas. À mesure que vous approchez de la ville, la circulation devient nettement plus dense. Voitures locales, camionnettes de livraison et touristes égarés se mêlent aux cyclistes. Les deux derniers kilomètres, en particulier, exigent une vigilance accrue : ralentissez, élargissez votre champ de vision, anticipez les ouvertures de portières et les piétons qui traversent sans regarder. La récompense, c’est cette arrivée face au monastère et à la promenade du bord de mer, où vous pouvez souffler avant d’attaquer la suite.

Le tronçon côtier et ses pièges

La portion qui longe la côte entre Sant Feliu et les plages de sable plus au sud est magnifique, mais elle n’a rien d’une route de campagne. Pendant cinq à huit kilomètres, vous roulez à quelques mètres des vagues, avec des points de vue spectaculaires sur les calanques et les falaises ocre. Les routes sont plus larges, souvent avec une bande cyclable marquée, mais ne vous y fiez pas trop. En saison, camping-cars et voitures de location circulent en nombre, souvent à allure réduite, parfois hésitants. Leurs conducteurs ne sont pas toujours attentifs aux cyclistes, surtout lorsqu’ils cherchent une place de parking ou un point de vue. Restez bien sur la droite, même si cela signifie rouler sur le revêtement dégradé près du bas-côté. Signalez clairement chaque changement de direction, même pour un simple déplacement latéral vers une piste cyclable. Méfiez-vous aussi des arrêts brusques : les touristes descendent de voiture sans prévenir pour photographier le coucher de soleil. Ce tronçon se savoure mieux le matin tôt, avant l’afflux de véhicules, ou en fin d’après-midi, quand le trafic s’apaise. Gardez vos distances, restez détendu mais concentré, et vous profiterez de l’un des plus beaux panoramas de la région sans jamais mettre votre sécurité en jeu.

Variantes et options pour adapter la boucle

La beauté de cette boucle tient aussi à sa flexibilité. Selon votre forme du jour, la météo ou simplement vos envies, vous pouvez la modeler sans jamais perdre en intérêt. Voici deux ajustements majeurs, testés et approuvés, pour personnaliser votre parcours.

Raccourcir avec le train

Vous manquez de temps ? Les jambes pèsent lourd après les premières ascensions ? Une option maligne s’offre à vous : le train. À Sant Feliu de Guíxols, la gare de la ligne R1 — qui longe la côte jusqu’à Barcelone et remonte vers Gérone — devient votre alliée. Plutôt que d’attaquer la partie côtière vallonée puis le long retour intérieur par Llagostera et Cassà de la Selva, chargez votre vélo à bord et rejoignez Gérone en environ une heure. Concrètement, cela supprime les 40 à 50 derniers kilomètres, les plus exposés au vent et au trafic touristique estival. La boucle se réduit alors à une très belle sortie de 70 à 80 km, qui conserve le cœur du parcours : les collines de Santa Cristina d’Aro, les forêts de chênes-lièges et les villages médiévaux. L’option idéale pour une demi-journée sportive, ou pour garder de l’énergie pour une visite de Gérone en fin d’après-midi. Pensez à vérifier les horaires de retour, surtout le dimanche, car la fréquence peut s’espacer. Le billet vélo est généralement peu coûteux : comptez de 4 € à 8 € par vélo et par trajet selon le moment de la journée.

Prolonger par Romanyà de la Selva

À l’inverse, si vous cherchez des kilomètres supplémentaires et un défi plus corsé, ne manquez pas le détour par Romanyà de la Selva. Ce petit village perché, à près de 300 mètres d’altitude, se situe à mi-chemin entre Santa Cristina d’Aro et Llagostera. Au lieu de suivre la route principale qui descend directement vers Llagostera, prenez à droite en direction de Romanyà. Vous ajoutez environ 15 km à votre compteur, mais surtout une montée régulière de 3 à 4 km à 5-6 % de pente moyenne — jamais écrasante, mais qui fait travailler la mécanique. La récompense est double. D’abord, la route est très peu fréquentée, presque confidentielle, bordée de murets de pierre sèche et de forêts de châtaigniers. Ensuite, au sommet, près de l’église romane de Sant Martí, un point de vue spectaculaire s’ouvre sur la plaine du Gironès et, par temps clair, sur le bleu profond de la Méditerranée. Un endroit parfait pour une pause photo ou une barre énergétique. La descente vers Llagostera est technique mais rapide, avec quelques virages serrés qui rappellent les classiques pyrénéennes. Cette variante transforme votre boucle en un parcours d’environ 115 km, plus exigeant, mais ô combien plus gratifiant. Elle est particulièrement recommandée au printemps, quand les genêts sont en fleur et que la lumière dorée de fin de journée embrase la plaine.

Se repérer sans GPS

Ne comptez pas sur les panneaux de randonnée cycliste : ils sont rares, parfois vétustes, et souvent absents dès que l’on quitte les axes balisés. Dans les Gavarres, les intersections non signalées se succèdent, et une erreur peut vous mener sur une piste forestière caillouteuse ou dans une impasse au milieu des chênes-lièges. Préparez votre itinéraire avant de partir : imprimez une carte topographique au 1/25 000 ou chargez un fichier GPX sur votre compteur. Sans GPS, repérez les tours de guet en pierre sèche, les croix de carrefour, les ruisseaux à gué, et notez les noms des mas qui jalonnent le parcours. Les habitants voient souvent des cyclistes perdus, mais un sourire et une question en catalan ou en espagnol vous remettront sur la bonne voie plus vite qu’une application déconnectée. Vérifiez aussi la météo : la tramontane rend certaines portions exposées pénibles, et les routes non goudronnées deviennent glissantes après la pluie.

Gérer les routes étroites et le trafic local

La plupart des routes de cette boucle sont des voies communales, souvent assez larges pour un seul véhicule. Les rencontres avec une voiture, un tracteur ou un fourgon de livraison exigent une anticipation constante : ralentissez dans les virages serrés, collez-vous au bord en entendant un moteur, et ne supposez jamais qu’un conducteur vous a vu. Les agriculteurs locaux connaissent les cyclistes et sont patients, mais les touristes en voiture de location peuvent être surpris par votre présence. Utilisez un éclairage arrière clignotant, même en plein soleil : les chemins ombragés sous les chênes créent des contrastes violents qui masquent les silhouettes. En groupe, roulez systématiquement en file indienne sur ces voies étroites, jamais deux de front, même sur une ligne droite dégagée. Les fossés sont souvent profonds et bordés de pierres, et une manœuvre d’évitement brutale peut finir dans les ronces. Méfiez-vous des gravillons lâches aux abords des fermes et des sorties de champs : ils se glissent sous vos roues sans prévenir, surtout dans les descentes rapides vers les vallées. Gardez les mains sur le cintre, les yeux à l’horizon, et laissez-vous porter par le rythme lent de cette campagne préservée – c’est précisément ce qui rend ce tour si différent d’une sortie sur grand axe.

Ravitaillement et pauses stratégiques

Bien planifier son ravitaillement, c’est la clé pour profiter de cette boucle sans mauvaise surprise. Entre Cassà de la Selva, Llagostera et Sant Feliu de Guíxols, vous trouverez tout le nécessaire pour vous sustenter et remplir vos bidons. Dans chacune de ces localités, des supermarchés, souvent ouverts le matin et en début d’après-midi même le dimanche en été, ainsi que des fontaines publiques près des places principales ou des mairies, permettent de faire le plein d’eau fraîche et d’encas. En revanche, soyez clair : entre ces trois villes, les routes qui serpentent à travers collines et forêts de chênes-lièges n’offrent aucune infrastructure, ni commerce, ni point d’eau. Sur le tronçon le plus long, entre Cassà et Llagostera par les hauteurs, comptez environ 50 kilomètres sans la moindre possibilité de ravitaillement. Emportez donc systématiquement deux grands bidons, au moins 1,5 litre par personne, et quelques barres énergétiques ou fruits secs, surtout par forte chaleur. Mieux vaut trop que pas assez, car une panne sèche dans ces paysages isolés, bien que magnifiques, serait vite inconfortable.

Pour les arrêts, jouez la carte de la stratégie plutôt que de la précipitation. À mi-montée de la première ascension des Gavarres, souvent la plus raide, prévoyez une pause courte de cinq à dix minutes. Non pas pour reprendre votre souffle, mais pour vous retourner et contempler la forêt dense qui s’étend à perte de vue, avec parfois une échappée sur la plaine de Gérone. Ce point de vue justifie à lui seul l’effort. Ensuite, réservez votre vraie pause longue pour Sant Feliu de Guíxols, au bord de la mer. Installez-vous en terrasse sur le front de mer ou dans une petite boulangerie du centre ancien pour goûter une spécialité locale, comme une coca de recapte, à base de pain, poivrons, aubergines et anchois, ou un simple crema catalana. Vous y serez au frais, avec le bruit des vagues en fond sonore, et vous repartirez rechargé pour la seconde partie du parcours. Enfin, une règle d’or : ne vous arrêtez jamais sur le bord des routes sans accotement, fréquentes sur les portions étroites des Gavarres. Si vous devez consulter votre carte ou ajuster un gant, engagez-vous sur un chemin de terre ou dans une entrée de champ, là où vous ne gênez ni les voitures ni les autres cyclistes. La sécurité prime toujours sur la commodité, même pour une simple gorgée d’eau.

Se préparer pour le retour à Gérone

Le dernier tiers : vallonné et moins spectaculaire

Après les reliefs escarpés de la côte et les panoramas marins, le retour vers Gérone change de caractère. Ne vous attendez pas à une descente tranquille : le dernier tiers remonte doucement vers l’intérieur des terres, sur des routes roulantes mais sans grande difficulté technique. Les pourcentages sont modestes, rarement au-dessus de 4 %, mais ils s’accumulent sur une vingtaine de kilomètres, usant les jambes plus qu’on ne le croit. Le paysage devient plus agricole, plus secret aussi : champs de blé, mas isolés, petits bois de chênes-lièges. Moins spectaculaire que la mer, mais c’est ici que se joue la vraie gestion de l’effort.

Un facteur à ne pas sous-estimer : le vent de sud-est. L’après-midi, il se lève régulièrement dans cette plaine ouverte, soufflant souvent de face ou de trois-quarts sur les derniers 20 km. Même une brise de 15 à 20 km/h peut transformer une route plate en faux plat interminable. Gardez une réserve d’énergie, restez dans la roue si vous roulez en groupe, et réduisez votre braquet pour garder une cadence élevée plutôt que de forcer sur le plateau. Les derniers kilomètres avant l’agglomération de Gérone sont souvent les plus longs mentalement : prévoyez une barre énergétique ou un gel à consommer vers le 80e kilomètre, même si vous n’avez pas faim.

Finir en douceur et récupérer

Planifiez votre arrivée en fin d’après-midi, idéalement avant 17 h, pour éviter le trafic urbain et vous laisser le temps de récupérer. Dès que vous posez le pied à terre, ne sautez pas directement sous la douche : marchez cinq minutes, faites quelques étirements légers des quadriceps, des ischios et des mollets. Une douche tiède, puis fraîche, aidera à réduire l’inflammation musculaire.

Côté assiette, privilégiez un repas riche en glucides complexes – pâtes complètes, riz, pommes de terre – accompagné de protéines maigres et de légumes. Ajoutez une poignée d’amandes ou une banane pour refaire le plein de potassium. Évitez l’alcool, même si une bière fraîche semble méritée : elle déshydrate et perturbe la récupération.

Enfin, prenez dix minutes pour vérifier votre vélo avant le lendemain : inspectez la pression des pneus (un pneu qui a perdu 1 bar rendra la prochaine sortie pénible), nettoyez la chaîne si elle est sèche et graissez-la légèrement. Regardez aussi l’usure des plaquettes de frein si vous avez beaucoup freiné dans les descentes. Une petite routine de 15 minutes maintenant vous évitera une mauvaise surprise au départ du lendemain matin. Vous pourrez ainsi savourer la fatigue de cette belle boucle, le corps propre, le vélo prêt, et l’esprit déjà tourné vers la prochaine échappée.

Conclusion

Cette boucle à vélo de route à travers la campagne de Gérone n’est pas qu’un simple parcours sportif. C’est une invitation à ralentir, à respirer l’air des vergers et à redécouvrir le plaisir brut du pédalage, loin du bitume urbain. Les routes secondaires, les villages endormis et les collines ondulantes composent un tableau vivant, sans aucune monotonie. Vous cherchez une échappée qui allie effort, paysages authentiques et sérénité ? Cette itinéraire est votre prochaine sortie. Préparez votre vélo, vérifiez la météo, et partez dès ce week-end. Dès le premier coup de pédale, vous le confirmerez : l’asphalte n’est plus qu’un lointain souvenir.